Déclin universitaire « il a fait un TD en manteau avec la lumière de son téléphone.. »

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Le taux de réussite en première année d’université a chuté de 15 % au cours des cinq dernières années. Ce constat alarmant met en lumière les enjeux croissants auxquels fait face l’enseignement supérieur en France, un secteur autrefois réputé pour son excellence académique.

Parmi les facteurs contribuant à cette situation préoccupante, on trouve la diminution des financements publics, l’inadéquation des programmes avec les exigences du marché du travail, et une crise de vocation chez les enseignants. Ces éléments, conjugués à une compétition internationale accrue, fragilisent un système éducatif qui peine à se renouveler et à s’adapter aux besoins contemporains.

Dans cet article, nous vous expliquons les raisons profondes de ce déclin et les pistes envisagées pour redresser la barre, afin de redonner à l’enseignement supérieur français la place qu’il mérite sur la scène mondiale.

Quels enjeux pour l’enseignement supérieur en France ?

Entre 2011 et 2021, le nombre d’étudiants en France a augmenté de 670 000, mais d’ici 2030, une augmentation de seulement 50 000 est prévue. Cette tendance est due à une baisse de 17 % des naissances depuis 2014, entraînant un reflux démographique attendu dès 2030. 45 % des enseignants-chercheurs prendront leur retraite d’ici 2030, compliquant leur remplacement.

En parallèle, l’enseignement supérieur français a perdu en attractivité, passant de la 4e à la 6e place mondiale, avec une fuite des bacheliers vers des établissements étrangers comme l’École Polytechnique fédérale de Lausanne.

Les établissements doivent s’adapter aux problèmes économiques et démographiques en diversifiant leur offre de formation et en envisageant des partenariats public-privé. Le financement des premiers cycles universitaires en France va de 3 000 à 3 500 euros par étudiant, tandis qu’une première année de BUT coûte plus de 9 000 euros.

Les baisses budgétaires récentes ont entraîné une augmentation du nombre d’étudiants par cours, affectant la qualité de l’encadrement et provoquant la fermeture de certaines formations. La précarité étudiante persiste, avec une dépendance financière importante vis-à-vis des familles pour le logement et les conditions de vie.

Les réformes du lycée ont conduit à une baisse des inscriptions dans les filières scientifiques, impactant le niveau en mathématiques et la mixité. Les écoles d’ingénieurs ont observé une chute des effectifs, exacerbée par la crise sanitaire de 2020 et la réforme des DUT en BUT.

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Les dirigeants s’inquiètent de la dégradation des compétences en maths, essentielle pour certaines formations. Les lycéennes diversifient davantage leurs choix de spécialités que les lycéens, contribuant ainsi à un déséquilibre dans le recrutement des grandes écoles. Aucune modification de la réforme du lycée n’est prévue pour l’instant.

Comment l’internationalisation pourrait sauver l’enseignement supérieur français ?

Face aux problèmes démographiques et économiques, l’internationalisation apparaît comme une stratégie potentielle pour revitaliser l’enseignement supérieur en France. En attirant des étudiants étrangers, notamment en provenance d’Afrique où la population jeune est en forte croissance, les universités françaises pourraient compenser la baisse des inscriptions nationales prévue d’ici 2030. Cette ouverture vers l’international nécessite cependant des efforts considérables en matière d’accueil, de reconnaissance des diplômes et de mise en place de programmes en anglais pour séduire un public diversifié.

La coopération internationale pourrait renforcer la qualité de l’enseignement et de la recherche. Les partenariats avec des institutions étrangères, qu’ils soient européens ou mondiaux, peuvent enrichir les programmes académiques et offrir des opportunités de mobilité pour les étudiants et les enseignants. En s’engageant dans des projets de recherche conjoints, les universités françaises pourraient également bénéficier d’un partage des ressources et des compétences, contribuant à pallier le départ massif des enseignants-chercheurs à la retraite.

L’internationalisation pourrait jouer un rôle capital dans l’amélioration de l’image et de l’attractivité des établissements français. En se positionnant comme des acteurs clés dans le paysage éducatif mondial, les universités françaises peuvent espérer regagner des places dans les classements internationaux.

Cela passe par la mise en avant de leurs atouts uniques, tels que la richesse culturelle et l’excellence académique, tout en répondant aux attentes des étudiants étrangers en matière de formation et de vie étudiante. L’enjeu est donc de taille pour transformer ces problèmes en opportunités et renforcer la compétitivité de l’enseignement supérieur français sur la scène mondiale.

Les problèmes actuels des universités

Les réformes récentes et les coupes budgétaires ont considérablement réduit la capacité d’accueil des universités, menaçant ainsi le libre accès aux études supérieures. Ces changements impactent directement la liberté d’enseignement et compromettent la qualité de la recherche, qui pourrait se détourner de l’intérêt général en raison d’un manque de financement public.

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La diminution du soutien financier de l’État pousse certains établissements à se tourner vers un modèle économique basé sur les frais de scolarité. Cette dépendance accrue aux paiements des étudiants risque de restreindre l’accès à l’éducation pour ceux issus de milieux défavorisés.

Le déclin démographique étudiant prévu soulève des inquiétudes quant à la viabilité à long terme des établissements d’enseignement supérieur. Ces problèmes combinés exigent une attention urgente pour garantir un avenir durable à l’éducation supérieure.

Jean, doyen d’académie : témoin d’un système en crise

Un soleil timide éclaire les allées du campus historique de l’université de Lyon. C’est ici, dans son bureau orné de boiseries anciennes et d’affiches de colloques internationaux, que nous rencontrons Jean L., 68 ans, doyen d’académie respecté, figure discrète mais influente de l’enseignement supérieur français. Son regard vif trahit à la fois la passion d’une vie dédiée au savoir et l’inquiétude d’un avenir incertain. Depuis plus de quarante ans, Jean a vu les universités évoluer, se réformer, parfois vaciller. Aujourd’hui, il nous raconte son parcours, ses combats, et les défis criants qui menacent notre système éducatif.

Jean, vous avez traversé plusieurs décennies d’enseignement supérieur. Comment décririez-vous l’évolution que vous avez observée ces dernières années ?

Je dirais que l’université a perdu une partie de son âme. Dans les années 80, malgré les grèves et les débats passionnés, il y avait un souffle, une énergie. On croyait à l’ascenseur social, à l’émancipation par le savoir. Aujourd’hui, on a des classes surchargées, des jeunes qui arrivent épuisés avant même d’avoir commencé, et un personnel enseignant qui tire la langue. Le taux de réussite en première année a chuté de 15 % en cinq ans… c’est un signal rouge que beaucoup semblent ignorer.

Quelles sont, selon vous, les causes principales de cette chute de réussite en première année ?

Il y a d’abord une question de moyens. On a beau vanter l’égalité des chances, si un enseignant doit suivre 300 étudiants en amphithéâtre sans assistant pédagogique, c’est une loterie. Ensuite, les programmes ne correspondent plus toujours aux attentes des étudiants ni aux réalités du marché du travail. J’ai vu des filières entières fermer faute de débouchés clairs… et parfois, faute d’électricité dans les salles. Vous imaginez faire un TD en manteau et à la lumière d’un téléphone ? C’est arrivé à Nancy l’hiver dernier.

Un souvenir en particulier vous a-t-il marqué concernant la précarité étudiante ?

Oh oui… Une étudiante, brillante, en L1 de biologie. Elle travaillait de nuit dans une boulangerie pour payer sa chambre de 9 m². Elle dormait deux heures par jour. Elle est tombée malade à force. On l’a retrouvée un matin, évanouie dans les toilettes de la fac. Elle a abandonné ses études. Elle voulait devenir vétérinaire. Ce n’est pas un cas isolé. On parle souvent de la précarité comme d’un concept abstrait, mais derrière il y a des vies, des rêves brisés.

Avec la réforme des lycées et la baisse des vocations scientifiques, pensez-vous que certaines filières sont en danger ?

Clairement. Les maths ont pris un coup. On pensait que les élèves choisiraient naturellement la spécialité, mais on a oublié que le mot « mathématiques » peut faire peur. Résultat, nos écoles d’ingénieurs peinent à recruter. Et ne parlons pas du déséquilibre filles-garçons. L’autre jour, dans une classe prépa, j’ai vu une élève entourée de 29 garçons. Elle m’a dit en plaisantant : « J’ai l’impression d’être une anomalie statistique ». C’était dit avec humour, mais ça en dit long.

Parlons d’internationalisation. Est-ce selon vous un levier efficace pour revitaliser notre système ?

Ça peut l’être, oui. À condition de ne pas faire ça à la va-vite. Attirer des étudiants étrangers, c’est bien, mais encore faut-il les accueillir dignement. Des logements, des formations adaptées, des démarches administratives claires. J’ai vu un étudiant sénégalais attendre trois mois son titre de séjour. Il n’a pas pu passer ses partiels. Et puis, il faut aussi savoir donner pour recevoir. Les partenariats avec l’étranger, c’est du donnant-donnant. Une université ne peut plus rester dans sa bulle hexagonale.

Vous allez bientôt prendre votre retraite. Avec quel sentiment quittez-vous ce monde universitaire ?

Un mélange de fierté et de tristesse. Fierté d’avoir transmis, d’avoir vu des étudiants devenus chercheurs, médecins, artistes. Tristesse de voir que les fondations craquent. Mais je reste optimiste. L’université française est résiliente. Elle a déjà traversé des tempêtes. Il faut juste que les décideurs écoutent ceux qui y vivent tous les jours. Parce qu’on ne réforme pas une institution depuis un bureau ministériel. On la transforme en l’arpentant, en l’aimant, en la vivant. J’espère que mes successeurs s’en souviendront.

Fabrice DURAND

Fabrice DURAND

Entrepreneur et passionné par l'orientation professionnelle, j'ai créé terminales.fr pour vous accompagner dans le choix de vos études supérieures. Je suis également responsable du groupe Facebook Orientation scolaire, et de nombreux sites consacrés aux métiers.

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